Alter et égo..

Je tremble, me contracte, me replie. Ça n’est pas à cause de la froideur crispante de la brise Bruxelloise qui s’immisce dans mon cou, qui étreint mes cheveux, c’est à cause de la tienne, de ton mutisme, de ta colère qui nous ronge, qui fait l’effet d’un couteau mal affuté sur une langue encore chaude, palpitante. J’ai la main qui s’agite sur le clavier tactile, il m’arrive de faire ton numéro machinalement, histoire de voir si je m’en rappelle encore, si le temps ne t’a pas encore ensevelit sous le sable des secondes passées loin de tes yeux. Puis je me souviens de ce qui nous sépare à l’heure actuelle. Je regarde à droite, à gauche, enfonce mon téléphone au plus profond de ma poche, comme pour te camoufler en attendant que tout aille mieux, comme pour cacher les soucis et les protéger des yeux des autres, comme pour passer sous silence le fait que je suis imparfaite.

L’unique chose dont je suis persuadée, c’est que nous avons besoin d’un « nous », que ça soit enlacés ou sur une photo épinglée à mon mur. J’ai besoin de toi, que ça soit tapi au fond d’un souvenir flou ou à travers un regard dédaigneux balancé à l’autre bout de la rue. Jamais nous ne réussirons à avoir la même version des choses, il faut s’en persuader. Tu n’as eu, au final, que les miettes d’un sandwich à la merde rance, à la mélasse gluante et visqueuse arrosée d’une bonne rasade d’amertume, et je suis désolée de les avoir semer si près de tes pieds. Si je suis la victime, comme tu le dis si bien, c’est uniquement celle de ma perdition passée, de mon envie de tout foutre en l’air comme une gamine capricieuse. Je te donnerai le temps qu’il te faudra, il est possible que cela prenne une vie. J’ai peur que le jour où tu te rendras compte de tout cela, il sera trop tard pour combler la faille creusée par la rancœur. Nous classerons alors cette histoire dans le dossier de celles qui n’auraient jamais dues exister, parce qu’en partageant nos vies, nous avons naïvement pensé que nous serions moins fragiles que les autres. A critiquer les couples qui s’engueulent, à donner raison aux gens qui sont dans le tort, à en rire un peu, sans doute trop noyés dans la pâte homogène et sucrée que nous étions à deux. Quelle belle brochette de connards nous faisions, toi et moi, bordel. On avait la cote. On était l’avenir, on faisait sourire les petits vieux avec notre saloperie de fusion. Que vous êtes beaux, tous les deux, ils disaient. On faisait nos petites saloperies loin des yeux de la morale publique, même si c’était pour se foutre sur la gueule de temps à autre, on terminait toujours le débat en s’empiffrant comme des boulimiques devant une série à la con. T’as toujours été le frangin au final, le type qui me fait gentiment la moral, avec qui je me tabasse histoire de déconner un coup. J’ai encore la sensation de tes jambes brûlantes sur les miennes, qui brassaient dans les draps pour retrouver une peau familière. J’ai encore le souvenir de ta tête le matin qui te faisait 5 ans de moins malgré la barbe naissante, de cette odeur dont je m’imprégnai jusqu’à en devenir saoule, de ces oreillers qui suintaient l’ataraxie, la passion et les journées à ne rien branler, à pester contre le monde parce que nous au moins, on vaut mieux que tout ça.

Depuis trois semaines, je récupère des morceaux de toi du bout des doigts et des lèvres, comme pour mieux terminer un dessert qui a goût de trop peu. Je n’arrive pas à comprendre comment nous en sommes arrivés là, qu’est-ce qui m’a poussé à transcender mes interdits, mais qu’importe. A chaque fois que tu me frôles je me brise en un frisson, je me bats contre le menton qui tremble  dès que tu me plantes tes pupilles acerbes dans la gueule. Je sens qu’elles crient que tu m’emmerdes, que tu me dirai bien volontiers d’aller me faire enculer à droite à gauche par n’importe quel fils de pute, parce que de toute manière ça ne te regarde plus. Mais si tu savais simplement que la moindre main qui me touche, si ça n’est pas la tienne, est comme un pinceau plongé dans du ciment. Elle me fige, me bloque, m’arrête instantanément. Ce que je vis à travers toi me rends frigide aux yeux des autres, je deviens prude, froide et timide, incapable d’assumer la moindre part de nudité si ce n’est pas pour être  regardée par  ces trucs incroyables qui te servent d’yeux, dévorée par cette putain de bouche qui me plombe l’estomac. J’ai les genoux qui flanchent quand je sens ton parfum, et je maudis le sale con qui ose le porter à ta place. Il suffit d’un truc pour me plonger dans une érotomanie des plus nuisible. Je te vois partout. Je te vois dans ma rue, dans les bus, dans le métro, dans mon lit. Je te vois dans mes rêves, dans mes pensées les plus intimes, quand je parle de la pluie et du beau temps à des gens dont je n’ai rien à carrer. Je me censure constamment pour ne pas prononcer ton nom, pour ne pas contaminer les autres de la maladie que tu es devenu. Alors je ferme ma gueule, à mon tour. Je ne dis plus rien. Puisque la seule chose qui me fait encore vibrer à ce jour, c’est quand tu me traites de pute en agitant les bras, en me faisant comprendre que j’ai vraiment tout fait foirer avec mon immaturité de sale petite merde inconsciente. Il m’a fallu un moment pour me rendre compte que si je poussais le bouchon un peu plus chaque fois, c’est simplement parce que les seuls moments que tu m’accordes sont ceux où tu m’éructes dessus comme un forcené, où tu vacilles entre la haine, l’envie de meurtre et la tendresse irraisonnée que nous partageons l’un pour l’autre. Je sais que cette fois, il ne suffira pas de te sourire, de nous faire à bouffer en riant toute seule et de me nicher dans le creux de tes bras  en geignant pour réparer tout ce carnage.

Agenouillée dans ma cuisine, habillée comme un croque mort, je gobe mon sandwich thon-st Moret en reniflant. Le temps nous dira tout.

(Pas d’image aujourd’hui parce que vous êtes des connards)

2 types qui ronchonnent pour “Alter et égo.”

Vendredi, 18. mars 2011 à 17 h 06 min

Ha ouais ! quand même ! j’aurais aimé l’écrire ce texte magnifique qui dit si bien ce que je ressens. Bravo !

Mercredi, 13. mars 2013 à 21 h 18 min

Magnifique description de la perversion du lien et de ses conséquences. Vous possédez un talent authentique pour l’écriture, un talent comme on en voit rarement. C’est en tout cas avec grand plaisir qu’on parcours votre blog. Plaisir qui mériterait d’être retrouvé au détours d’un roman ou d’un recueil de textes. Qu’en pensez-vous ? Quoi qu’il en soit, continuez à écrire !

Ponds nous quelque chose de flex :