Phantasme.
Parfois, tu te dois de te séparer de ce qui te fait encore frémir, de ce qui te fait battre le cœur dans le bas ventre, de ce qui te balance des poussées d’adrénaline à chaque fois que tu y penses. Parfois, tu te dois de dire merde, de tout plaquer, de t’auto-détruire avant qu’on ne le fasse à ta place. Il est l’heure, l’heure de dire au revoir, de se laisser sombrer quelques jours dans une mélasse poisseuse qui te colle au palais, de bouffer de l’amertume et de la mélancolie à bras-le-corps en laissant tout évoluer loin de toi, de fondre comme un bonbon au poivre dans la bouche d’un souffre douleur. S’enrouler dans une couette inconnue, se demander a qui appartient ce corps délicieux tapis à l’autre bout, apprécier notre connerie, étouffer un rire et se dire qu’à même pas vingt ans, on a le temps pour regretter. On se lève débraillés, la gueule au fond du fondement, on se jette un coup d’œil histoire de se remémorer la soirée, un sourire, une blague maladroite, on essaie de se demander comment on en est arrivé là. J’ai eu peur, mais même dans un état second j’ai toujours plutôt bon goût. On se la joue galant, tu manges quoi au petit dèj’, un café, puis deux, puis trois, sans vraiment avoir de choses à se dire alors comme des cons on se demande notre prénom en riant. Tu te demandes pourquoi il est si attentionné, pourquoi il t’a balancé ce sweat dans la gueule en te disant de te couvrir, petite catin, sinon tu vas nous choper une crève. Dans ton coin, tu penses aux dizaines de personnes que tu as rayé de ta vie dans un élan de colère passager, tu n’en as plus grand chose à faire avoue, si ce n’est qu’un espèce de goût de merde sèche, de rancune tenace que l’on tripote et racle comme une plaie sur des lèvres séchées par la froideur ambiante. Prise d’une nostalgie acide, tu te déshabilles dans une pulsion que toi même tu ne saisis pas. Lui, il comprend. Même si c’est juste pour sentir le goût de ses lèvres suintant le café trop sucré sur les tiennes, il comprend. T’as du tout lui raconter hier soir, en avalant ton dernier whisky, fringuée comme une putain qu’attend de se faire troncher.
Allongés sur le pieu dont les draps froissés pendent, une clope à deux sur un fond d’électro. Répéter trois fois que, depuis Aphex Twin on n’a jamais fait mieux, simplement apprécier le fait d’être d’accord. Se rhabiller en radotant que t’es mal fringuée, comme une pouffiasse de fête foraine, l’écouter rire et le trouver beau. S’éloigner pendant un temps de cet entourage d’artistes bruxellois qui se branlent sur leurs toiles en parlant de prise de position, qui se frottent sur leurs sculptures, sur leurs « concepts », leurs poésies à deux balles sorties tout droit d’un recueil de Carême, ne plus penser à lui, aux examens, aux blaireaux qui t’épuisent quotidiennement. Apprécier les caresses d’un type que tu ne connais ni d’Eve, ni d’Adam, avec qui tout se passe bien, avec qui il n’y aura ni regrets, ni souffrance. Dans le lit, ton bracelet gît, les perles en verre tapissent le drap, et la métaphore te prend à la gorge. Tu n’essaies même pas de le récupérer, tu sais que plus rien n’est possible maintenant. Tu lui expliques pourquoi t’as les yeux humides et ce con te sert dans ses bras en t’embrassant les cheveux. Il fait le demeuré, te charrie sur ta gueule de cadavre et réussit à te faire sourire, ce trou du cul, à te faire comprendre que c’est pas la fin du monde. Il enfile un caleçon trop grand pour son petit cul, agite ses grandes mains pour mieux appuyer ses propos et se dandine en allumant une énième cigarette. Il est pas con le bougre. Il est honnête. Il ne te promet rien, et puis, tu ne lui as rien demandé. Passer la journée chez lui, se balader à poil, bouffer devant un Simpson et s’excuser pour les bonnes manières que l’on a oublié. Le regarder se raser, assise dans le bidet, agitant ses chaussures comme une gamine qui patiente. Le grand type se retourne, un peu plus sérieux d’un coup. Il dit qu’il t’aime bien, vraiment bien, que t’es différente. Que t’as de la gueule, du bagout, un petit quelque chose de nouveau qui fait partir en vrille, ce genre de bordel rock’n’roll qui le fait bander sec et qui le remet en question. Oups, déjà entendu, tu ne m’auras pas mon brave, tu ne m’auras pas, trouve plus original j’ai pas que ça à foutre. A cette réflexion, il tique un peu, se dirige vers le miroir pour vérifier si un poil manque, avance le menton, se passe les doigts sur les joues. On échange les numéros, une dernière étreinte, un dernier baiser, à plus tard peut-être. Pousser la porte rouge, se les cailler sévère mais être ravie de savoir que cette odeur maintenant familière hante ton écharpe. Celle de cigarette, de perdition et de bière sans bulles. Les papilles brûlées reprennent vie comme si sa salive avait suffit à te faire perdre ce goût de pus et de sang qui te traversent la gorge depuis plus de deux mois. Si seulement la vie pouvait se résumer à cette journée, t’en serais sans doute pas là, à gratter le reste de vernis rouge qui s’accroche à tes ongles rongés, à avoir la flemme de nouer tes lacets, de te démaquiller. Arriver en bas de l’escalier, tu te dis que ça a goût de trop peu, cette merde, que ça pourrait durer quelques jours de plus.. A peine ta Camel allumée, tu te surprends à voir ton index se pointer vers un nom, vers une sonnette dont l’écriture te rappelle un moment où quelqu’un t’as aimé.
Dring.


Mégot
Dimanche, 2. janvier 2011 à 20 h 37 min
J’ai tellement aimé que j’en ai foutu partout (ceci dit, attention à l’orthographe).
Bulbe
Dimanche, 2. janvier 2011 à 20 h 39 min
Corrige moi, OH OUI, corrige moi.
Mégot
Lundi, 3. janvier 2011 à 20 h 24 min
Balance ton mail à ivrepute@gmail.com, je t’enverrai une correction si j’ai le temps. C’est con de laisser un texte pareil ainsi.
Ben
Mardi, 4. janvier 2011 à 12 h 46 min
Bonne année, comme on dit.
Et pense à laver ton écharpe!
midinette à 2 balles
Jeudi, 6. janvier 2011 à 23 h 18 min
Rhââââ !
C’est vrai qu’à 20 ans c’était à chaque sortie un plan cul potentiel, et parfois bien mieux que ça !
Ce post est trèèèès joli je trouve !