Prisme.

ll a suffit que je pousse la porte vitrée de mon troquet habituel pour savoir que tu étais là, les genoux frétillants d’hystérie. Ton parfum m’a toujours rappelé la salle du trône de chez ma grand-mère. Un mélange d’eau de Cologne de médiocre qualité et de petit pot pour bébé digéré. Je n’ai pas cherché midi à quatorze heure pour croiser ton regard vague de fumeuse de joint malhabile, ta gueule chevaline et ton sourire édenté, celui qui remonte à chaque soubresauts tes pommettes flasques, vrombissantes. De toute manière, en y pensant, tout te fait rire. De tes copains grandes folles au barman qui te demande froidement de régler ta note, y a pas un seul putain de truc que tu ne trouves pas hilarant dans cette existence que tu te plais à vivre. J’ai toujours trouvé que le contenu de chacune de tes phrases était à chier, je te l’avais déjà fait remarqué à plusieurs reprises. Pas que tu sois quelqu’un d’incroyablement con, non, mais parce que tu t’obstines à flinguer tout ce que tu peux dire de censé par un indigeste petit « je déconne, je plaisante, non mais c’est pas vrai hein » qui ponctue le moindre de tes dires un tant soit peu astucieux. Tu lèves vers moi tes grands yeux rougis et globuleux, m’agresses avec ce qu’il te reste d’incisives. Ma présence a l’air de te rendre euphorique, tu piétines de plus belle, tes rotules s’entrechoquent. Je m’attends à voir remuer une queue sur ton boule en goutte d’huile. Tu tires une chaise vers toi pour que je pose mon cul, tu me pries maladroitement en avançant que ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu, tu deviens quoi, j’ai appris que t’avais eu des soucis. Je serais vraiment bien tentée de t’expliquer que tu ferais mieux de te mêler de ce que devient ta chatte. A ce qu’on dit sur toi, tu files la chaude pisse à des types de 20 ans tes ainés. Mais qui sait, te connaissant un minimum, je peux presque penser que tu trouveras une manière de tourner ça à ton avantage, histoire de renforcer, d’un dernier coup de collier, l’image de fille subversive et pseudo-rock’n'roll que tu t’amuses à te coller, en vain. Tu parles de tes projets photo en postillonnant tes enzymes sur ma gueule crispée, je t’avoue de vive voix que je les moyen, sans prendre une seule seconde pour argumenter. Et toi de me dire que mes critiques sont à  tes yeux les plus constructives. Tiens, suce moi un peu là, tu n’as pas souillé de ta salive amère ces quelques pores qui me composent.

Tu donnes un petit coup dans le pied de la chaise, histoire de me rappeler que l’invitation tient toujours. Je jette un coup d’œil vers ceux qui ont la patience de t’accompagner, et je me dis qu’au final, t’es sans doute la mieux lotie dans ce groupe de résidus de curetage. Comment t’expliquer, une fois pour toute, que ça ne m’intéresse définitivement pas de passer des soirées avec toi, que non, décidément, je ne penserai pas à appuyer sur ta sonnette poisseuse pour manger dans tes assiettes malpropres nettoyées au torchon sale ou à tes fringues, la différence est maigre, parler de la pluie et du beau temps, de la seule chose que nous avons en commun, les cheveux bruns.

Un ami me rejoint, pousse à son tour la porte d’entrée dans un grincement macabre. Dans une autre vie, je n’aurai que des proches ponctuels.

Un caquètement pour “Prisme”

Mercredi, 2. mars 2011 à 19 h 51 min

même si tu te relis pas (ou que tu t’en branles), le texte est sympa.

Elle méritait peut-être que tu lui colles un pain cela dit.

Ponds nous quelque chose de flex :